¬|Autobiographie  (La faute à Philippe)

 

    La parution du Pacte autobiographique (1975), de Philippe Lejeune, qui faisait suite à la publication de sa thèse, L’autobiographie en France (A. Colin, 1971) ont été les moments fondateurs d’un nouveau champ de recherche. Autobiographies, mais par ricochet correspondances et journaux intimes (Françoise Simonet, Le journal intime, Téraèdre, 2004 ; Michel Braud, La forme des jours, Seuil, 2006), ont trouvé leur légitimité au sein de l’espace critique français, où ils étaient souvent traités en parents pauvres.


    Une véritable vie théorique s'est développée autour de ces textes, dont les métamorphoses actuelles, avec l’autofiction ou la photobiographie, ne cessent d’appeler de nouvelles définitions génériques. De plus, le travail de Philippe Lejeune, qui a notamment consacré un ouvrage aux journaux féminins (Le moi des demoiselles) ou aux journaux sur internet, avant l’explosion du phénomène blog (Cher écran…) a largement contribué à susciter un l'intérêt pour des textes peu connus ou oubliés, une sorte de "littérature grise".


    A l’intersection de l’histoire, de la sociologie et de la littérature, les études autobiographiques mettent le chercheur en prise avec une large gamme de textes, et leur objet oblige à poser autrement la question de la valeur d'un récit : que celle-ci soit évaluée avec les critères normatifs de légitimité édictés par les études universitaires ou ceux (qui ne le sont pas moins) avancés par leur réception médiatique.


   Philippe Lejeune publie depuis plusieurs années ses inventaires, réflexions, textes et travaux en cours sur son site Autopacte. Cet espace est un rendez-vous indispensable pour qui travaille sur les récits de vie.














    Le chercheur intéressé par ces questions peut également s'inscrire sur la liste de diffusion de l'International Association for Biography and Autobiography (IABA). Craig Howes, de l'Université d'Hawai'i, y relaie chaque semaine toute l'actualité des colloques et des parutions. Depuis octobre 2009, IABA possède également une antenne européenne, dont le premier congrès s'est tenu à Amsterdam. La revue Autobiography/Biography Studies publie quant à elle textes critiques et actualités ; en France, c'est La Faute à Rousseau qui depuis quinze ans se consacre entièrement à l'autobiographie.


    C'est par l'intermédiaire de « Monsieur Autopacte » et de Catherine Viollet, qui dirige l'équipe «Genèse et Autobiographie », que je suis entrée en autobiographie, en 2002. Et j'ai tant aimé ce nouvel univers que je ne l'ai plus quitté. L'un des aspects qui m'intéresse le plus dans le continent des écritures de soi est sa relation avec la photographie, que l'on appelle aussi, dans certains cas, photobiographie. Tel était en tout cas le terme choisi par Gilles Mora en 1983 dans le Manifeste photobiographique, qu'il a cosigné avec Claude Nori.


« La photographie redoublera donc notre vie. Témoin biographique par essence, nous la ferons rebondir de toutes nos forces au cœur de notre projet autobiographique, jusqu’à ne plus savoir s’il convient de vivre pour photographier, ou l’inverse ».


     Cette époque marque en effet l’émergence d’artistes et de plasticiens qui font converger leur double pratique de l’image et de l’écrit dans des œuvres atypiques, où la relation entre texte et image fonde une dynamique de lecture inédite. Roland Barthes, Denis Roche, Sophie Calle, et sur un autre plan Raymond Depardon sont quelques-unes des figures qui ont contribué à promouvoir ce qui constitue aujourd’hui un genre à part entière. Guibert, par sa réflexion sur la photographie dans L’Image fantôme, a donné à la lecture de l’image, saisie dans un projet biographique, de nouvelles perspectives théoriques, auxquelles fait écho, en actes, s’il l’on peut dire, La chambre claire de Roland Barthes, parue la même année.

   

  J'essaye pour ma part déterminer ce qu’a de biographique le projet photobiographique, et comment deux ordres sémiologiques hétérogènes, texte et image, orchestrent leur collusion ou leur collision au sein du même espace matériel. De leur coprésence naît une relation spécifique, qui peut ancrer l’ouvrage dans un rapport au réel documentaire tout comme elle peut le plonger dans la fictionnalité la plus résolue. Comment trancher alors ? J'ai eu l'idée de questionner la photobiographie au moyen du pacte autobiographique, bien que celui-ci ait été conçu pour analyser du texte. Et justement, les points sur lesquels il achoppe, ou ne permet plus de rendre compte de la relation auteur-narrateur-personnage, sont précisément ceux où l'image vient troubler le contrat entre le texte et son lecteur, qui devient aussi son spectateur.


    J’ai ainsi analysé un corpus de cent vingt textes autobiographiques qui ont été numérisés et versés dans Frantext, à la recherche des inscriptions lexicales de l'identité, en examinant des questions onomastiques, pronominales et énonciatives. La dernière partie du chantier sera consacrée aux photographies et à leurs descriptions, autre manière d'inscrire son identité dans un récit.

   



Autopacte